« Tear My Bra », ou quand Nollywood s’expose aux Rencontres d’Arles.

Opération grand angle et regard neuf pour les Rencontres d’Arles 2016 ! Du 4 juillet au 25 septembre prochains, la 47ème édition du festival élargit ses horizons et s’ouvre sur l’ailleurs. Nouveauté au programme, la séquence « Africa Pop », qui célébrera le dynamisme de l’Afrique à travers « Swinging Bamako », mais surtout « Tear my bra », une exposition revisitant l’industrie du film nigérian, Nollywood, et son influence sur la photographie africaine.

Ike Udé©, The school of Nollywood, 2016.

Ike Udé©, The school of Nollywood, 2016.

La 47ème édition des rencontres de la photographie se tiendra du 4 juillet au 25 septembre, dans les villes de Marseille, Nîmes et Avignon. Avec une spécificité cette année ? L’Afrique ! Car sous la houlette éclectique de Sam Stourdzé, le festival célébrera cette année le continent à travers une séquence, « Africa Pop », regroupant trois expositions. « Swinging Bamako » tout d’abord, qui retrace l’épopée de Maravillas du Mali, jeunes musiciens partis à la Havane en 1960, en pleine guerre froide. « Syrcas » de l’artiste Maud Sulter qui commémore le génocide des Noirs européens durant l’Holocauste. Et enfin « Tear my bra* », une exposition inspirée de Nollywood, qui analyse l’impact de ce Hollywood made in Nigeria sur la photographie africaine contemporaine.

Drames, fantaisies, folkore …autant de qualificatifs illustrant à merveille la créativité forcenée du cinéma nigérian. Une créativité mais aussi une résilience à toute épreuve qu’Azu Nwagbogu, fondateur et directeur de l’African Artists’ Foundation basée à Lagos, et qui soutient la scène artistique nigériane, a souhaité mettre en avant lors de ces 47ème Rencontres d’Arles. « Nollywood est l’une des choses les plus énergiques, enthousiasmantes, innovantes qui soient sorties du Nigéria. C’est une ­industrie qui est née d’elle-même, sans apport extérieur, avec peu de soutien et peu de budget. Mais on peut comparer l’influence qu’a Nollywood sur la culture africaine à celle de l’industrie d’Hollywood sur la culture américaine », explique-t-il dans une interview avec Le Monde. « C’est pour cette ­raison que nous avons choisi de représenter Nollywood par son influence visuelle plutôt que par du reportage. Nous avons voyagé à travers l’Afrique et nous avons vu combien cette esthétique a des répercussions en Afrique de l’Ouest, en Afrique du Sud ».

Uche Okpa-Iroha©, « Figure of Fear », série The Plantation Boy.

Nollywood est le terme familier désignant l’industrie cinématographique nigériane actuellement en plein essor. Phénomène interculturel à l’origine de la production de plus d’un millier de films chaque année et de la circulation de plusieurs milliards de dollars, les films de Nollywood ont un énorme impact sur l’histoire du cinéma et la culture visuelle contemporaine africaine. Budgets limités, faux sang peu réaliste et réinterprétations étranges de l’intrigue classique du « Boy meets Girl » sont la triple marque de fabrique de l’industrie nollywoodienne dont le public ne cesse d’augmenter. Le succès de cette industrie illustre le fait qu’il existe non seulement une demande, mais également une vraie connexion et peut-être même une contribution à la mondialisation de l’esthétique, tout du moins en ce qui concerne l’Afrique de l’Ouest. Le titre de cette exposition est un hommage aux titres traditionnels de Nollywood, la plupart du temps aussi dramatiques qu’irrémédiablement ambigus.


*Déchire mon soutien-gorge !

Commissaire de l’exposition : Azu Nwagbogu, assisté de Maria Pia Bernardoni.


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