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Rencontre avec Serge Noukoué, Fondateur de Nollywo...

Rencontre avec Serge Noukoué, Fondateur de Nollywood Week, le festival du film nigérian à Paris.

Quatre jours pour découvrir le meilleur du film nigérian en plein coeur du quartier latin ? Quatre jours de rencontres et d’échanges avec les acteurs et réalisateurs qui façonnent l’industrie du cinéma de la première économie d’Afrique… C’est le pari relevé par le Nollywood Week Festival, qui pour la quatrième année consécutive s’installe à Paris.  À l’origine de cette idée bien moins farfelue qu’il n’y paraît, un homme, Serge Noukoué, passionné de cinéma et animé du rêve d’une Afrique qui gagne. Un visionnaire avec les deux pieds bien ancrés au sol. Rencontre avec le King of Nollywood.

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Tout dans l’enfance cosmopolite de Serge Noukoué le prédestinait à l’aventure Nollywood Week. Né à Paris de parents béninois, il grandit entre la France, le Cameroun, le Sénégal et la République Centrafricaine. Après un échange scolaire à la Nouvelle-Orléans aux États-Unis, il poursuit un Master en Management de Projets culturels à la Sorbonne. Diplôme en poche, Serge enchaîne les expériences dans la production audiovisuelle, chez Trace TV d’abord, puis pour le festival du film de Sithengui en Afrique du Sud entre autres. Mais la révélation viendra d’un séjour à Sao Paulo au Brésil entre 2009 et 2011 : attaché de mission audiovisuelle, il oeuvre à la promotion du cinéma français et réalise que c’est ce qu’il manque au cinéma africain. De retour en France, une conférence organisée par l’UNESCO et consacrée à l’industrie du film nigérian finit de le convaincre. En 2012 il crée la Nollywood Week… Quatre années plus tard, le festival est devenu le rendez-vous incontournable des amateurs de cinéma nigérian à Paris. Rencontre.


Pourquoi la nécessité d’un tel festival à Paris ?

Paris est incontournable quand on parle de cinéma! C’est une plate-forme culturelle mondiale, une ville très portée sur tous les cinémas qu’il s’agisse de films venus dAsie, d’Amérique latine… À mon sens, il n’était pas normal qu’une industrie de l’importance de Nollywood n’y soit pas représentée. Souvent on se plaint de la qualité des films africains, du manque de représentativité… la vérité c’est qu’il nous manque surtout des structures de promotion, de distribution. C’est ce que j’ai voulu créer à mon petit niveau avec Nollywood Week.

Je me suis focalisé sur le Nigéria car c’est l’un des plus gros producteurs de films en terme de quantité. Moi-même amateur de ce cinéma, j’y voyais du bon et du mauvais mais curieusement je n’entendais parler que du négatif. Il fallait changer cette rhétorique, créer un outil qui permette de faire le tri, de mettre en avant les meilleurs productions grâce à une selection rigoureuse… C’est un travail qui devait être fait et je m’y suis jeté à pieds joints !

Comment gagne-t-on la confiance des producteurs nigérians ?

Le mot clef ici c’est « confiance ». Pas évident au départ car l’industrie Nollywood est gangrénée par le piratage, les ventes à la sauvette… Quand je suis arrivé en leur disant que je voulais emmener leurs films en France, il y a eu de la méfiance au départ ! Beaucoup se sont demandé « C’est qui ce type, qu’est ce qu’il veut ? ». Il a fallu beaucoup discuter, expliquer notre vision … On a eu de la chance d’être accompagnés dès la première edition par de grands réalisateurs comme Tunde Kelani, Kunle Afolayan, Mahmood Ali Balogun… Le succès a été au rendez-vous et cela nous a ouvert le portes pour les éditions suivantes, on a touché le bonnes personnes!

L’équipe du film « Dazzling Mirage », récompensée du Prix du Public lors de la dernière édition de Nollywood Week. Crédit : OkadaMedia©.

L’équipe du film « Dazzling Mirage », récompensée du Prix du Public lors de la dernière édition de Nollywood Week. Crédit : OkadaMedia©.

Pourquoi cet engouement pour Nollywood aujourd’hui ? 

C’est un phénomène qui s’installe progressivement et va continuer de s’accentuer ! Le public ressent de plus en plus l’envie de se reconnaître et de s’identifier à des histoires. Aujourd’hui avec Internet chacun est en mesure d’exercer une influence sur le contenu qu’il consomme. On veut et peut aller plus loin que les films américains formatés, il y a un ras le bol du tout Hollywood, et le besoin d’aller vers quelque chose qui nous ressemble plus !

La production audiovisuelle en Afrique est en train de vivre une espèce d’âge d’or, on assiste à un véritable engouement, une émulation. La qualité augmente, chaque producteur veut faire mieux que l’autre. En plus c’est consommé non seulement sur place mais aussi dans les diasporas où il y a une demande, une soif pour ce type de contenus qui n’intéressaient pas forcément il y a dix ans. Aujourd’hui qui n’écoute pas de la musique nigériane ? Ces choses-là étaient impensables avant, et c’est la preuve que l’on évolue vers quelque chose de nouveau, que nous sommes à un tournant.  J’ai hâte de voir ce que cela produira dans le futur mais une chose est sûre : c’est une évolution très positive et je suis convaincu que les stars de demain seront africaines !

Les productions Nollywood sont de plus en plus pointues et des acteurs tels Thandie Newton ou Chiwetel Ejiofor donnent désormais la réplique aux acteurs nigérians. Pourtant toujours rien à l’horizon des cinémas français ! Pourquoi le démarrage est-il aussi lent? 

Les institutions (cinéma, chaînes de télé) sont toujours en retard sur ces phénomènes là. Il y a un décalage entre les tendances venues du bas, du peuple, et ces mastodontes qui ne sont pas très flexibles, mettent du temps à bouger, à comprendre. Il y a 25, 30 ans quand le hip hop se développait en France, ça a pris du temps avant que les media réalisent que le mouvement était là pour durer… Je ne suis pas inquiet, les choses vont bouger, les films vont être distribués en France mais cela prendra du temps !

Workshop lors de la dernière édition du Nollywood Week Festival. Crédit : OkadaMedia©.

Workshop lors de la dernière édition du Nollywood Week Festival. Crédit : OkadaMedia©.

Quel rôle peut jouer la Nollywood Week dans cette démocratisation de l’industrie du film nigérian ?

Nous on invite les distributeurs à venir voir les films. Quand ils voient l’engouement du public, ils réalisent qu’il y vraiment un business pour eux, quelque chose à faire et ils ne vont pas continuer à passer longtemps à côté de cette manne. Il y a encore quelques réticences, « est-ce que ça marchera sur le long terme, est-ce lucratif, y’a -t-il un business modele derrière ? »… Mais je pense que très rapidement ça va s’imposer.

Au Festival de Cannes par exemple ?

Cannes c’est la prochaine étape mais on ne veut pas se focaliser là dessus. C’est pareil c’est encore une institution ! Pour le moment Cannes donne la priorité aux films américains, asiatiques … On sent qu’ils ont envie de films africains mais ne savent pas vraiment par quel bout les prendre donc ils se cantonnent aux films de l’Afrique francophone et surtout des mêmes réalisateurs. Pourtant le continent est un véritable vivier de talents, l’Afrique regorge de réalisateurs remarquables. En ce qui concerne le Nollywood Week Festival, se focaliser sur Cannes serait une erreur. Nous voulons d’abord fidéliser le public africain, les diasporas, que les africains continuent de consommer du contenu africain, la suite viendra naturellement.

Vous avez annoncé la selection officielle en mars dernier, au cours d’une soirée à l’ambassade française de Lagos. Comment se passe le choix des films ?

(Rires) C’est un processus de plus en plus difficile car les films sont de meilleure qualité d’année en année. On lance un appel à films entre décembre et février, ensuite on les visionne avec notre comité composé de réalisateurs, de personnes de l’extérieur, de membres de l’équipe dont moi-même. On essaie d’avoir un panel représentatif de ce qui sort de mieux dans tous les genres : comédie, drame, thriller. Il ya peu de films par édition, entre 7 et 10, et c’est un choix. On pourrait en avoir beaucoup plus mais notre objectif est vraiment de faire la part belle aux films dont l’on pressent qu’ils plairont au public, et qu’ils sont un avenir voire une carrière potentiel en Europe où ailleurs. Le Festival dure 4 jours, c’est trop peu pour se permettre d’avoir 20, 30 films donc la sélection est extrêmement rigoureuse.

En plus de la projection de films, le Nollywood Week Festival est l’occasion pour les spectateurs d’assister à des workshops, des ateliers animés par les professionnels de l’industrie du cinéma…

Ce volet professionnel est aussi important que l’aspect grand public car c’est ce qui nous permettra de nous implanter durablement en Europe. Il est important pour nous que les professionnels que l’on fait venir du Nigéria puissent rencontrer les professionnels de l’industrie en France, cela constitue un réel moment d’échanges. Nous avons besoin que des partenariats puissent se nouer entre les deux rives, que l’aspect distribution via des plateformes comme la VOD par exemple soit abordé, pourquoi pas même monter des co-productions ? Lancée dernière, le réalisateur Kunle Afolayan a été nommé Brand ambassador pour Air France et c’est à la Nollywood Week que s’est noué le premier contact ! Il y a une grande demande au niveau Européen pour ce festival, il n’est pas rare que certains spectateurs aient fait le déplacement depuis la Belgique, Londres, pour assister à la Nollywood Week à Paris. Nous réfléchissons déjà à la manière de nous implanter, de devenir un festival itinérant mais chaque chose en son temps.

La selection officielle est encore une fois très éclectique. Vous avez déjà un favori ? 

(Rires) Non pas de favori pour le moment ! De manière générale, tous les films que nous avons retenu avec le comité de sélection sont des films que l’on a vraiment aimé, et on espère que le public en fera autant !


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Nollywood Week Festival
Du 2 au 5 juin 2016
Cinéma l’Arlequin
76 rue de Rennes
75006 Paris
www.nollywoodweek.com

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